Effets inductifs : comprendre l’influence d’un groupe voisin
Deux molécules qui portent la même fonction n’ont pas toujours les mêmes propriétés. Un acide carboxylique, par exemple, peut être plus ou moins acide selon les groupes présents à proximité. Pour l’expliquer, commencez par regarder la polarisation des liaisons, puis l’espèce dont vous cherchez à comprendre la stabilité.
Dans le modèle usuel de chimie organique, l’effet inductif décrit l’influence électronique d’un substituant transmise par la polarisation des liaisons σ. Un groupe −I attire la densité électronique relativement au groupe de référence ; un groupe +I la repousse vers le reste de la structure.
Les signes utilisés ici suivent la convention courante : les groupes attracteurs sont notés −I et les groupes donneurs +I. Ils ne représentent pas la charge électrique globale du groupe.
Partir d’une liaison polarisée
Dans une liaison C–Cl, le chlore est plus électronégatif que le carbone. Le doublet de liaison est davantage attiré vers Cl : on indique Cδ+–Clδ−. Le symbole δ signale une charge partielle. Il ne faut pas remplacer cette écriture par C+ et Cl− : la molécule n’est pas devenue une paire d’ions.
Cette polarisation influence les liaisons voisines. À ce niveau, on retient que l’effet inductif s’atténue lorsque la distance augmente. Une substitution sur le carbone voisin d’une fonction produit donc souvent un effet plus marqué qu’une substitution située plusieurs liaisons plus loin. Il s’agit d’un modèle qualitatif : les effets électrostatiques à travers l’espace peuvent également contribuer aux propriétés mesurées.
Reconnaître quelques groupes
- Les halogènes liés à un squelette carboné exercent généralement un effet −I.
- Les groupes contenant des atomes fortement électronégatifs, par exemple –CF3, sont attracteurs par effet inductif.
- Les groupes alkyles sont généralement classés +I par rapport à l’hydrogène dans les comparaisons usuelles de première approche.
- Une même fonction peut agir par plusieurs effets électroniques. Il faut donc préciser si l’on parle d’induction ou de mésomérie.
Apprendre une liste ne suffit pas. Le groupe doit être considéré dans la structure où il se trouve. Sa charge, les atomes auxquels il est lié et la présence d’un système conjugué peuvent changer l’analyse.
Exemple : comparer deux acides carboxyliques
Comparons CH3COOH et ClCH2COOH dans le même solvant et à la même température. Les deux acides peuvent perdre un proton et former respectivement CH3COO− et ClCH2COO−.
- La différence de structure est le remplacement d’un hydrogène par un chlore sur le carbone voisin du groupe carboxyle.
- Le chlore attire la densité électronique par effet −I. Il contribue à stabiliser la base conjuguée portant une charge négative.
- La formation de cette base conjuguée est alors plus favorable : l’acide chloroéthanoïque est plus acide que l’acide éthanoïque.
- Une acidité plus élevée correspond à un Ka plus grand et à un pKa plus petit.
La bonne conclusion porte sur l’équilibre acide–base. Dire simplement « le chlore attire, donc la réaction va plus vite » confondrait acidité et vitesse de réaction.
Une méthode en quatre questions
- Quelles molécules ou quels ions comparez-vous ? Repérez leur différence de structure.
- Où se trouve le site étudié : proton acide, charge négative, charge positive ou autre fonction ?
- Le substituant attire-t-il ou repousse-t-il la densité électronique dans le modèle retenu ? Est-il proche du site ?
- Cette influence stabilise-t-elle davantage l’une des espèces comparées ? Reliez ensuite cette stabilité à la propriété demandée.
Pour une comparaison de basicité, par exemple, il faut examiner la disponibilité du doublet et les deux formes acide et basique. Le solvant et la solvatation comptent également : un classement +I ne fournit pas à lui seul un classement universel des amines en solution aqueuse.
Application 1 — Exploiter des pKa
Dans les mêmes conditions, deux acides A et B ont respectivement pKa(A) = 4,8 et pKa(B) = 2,9. Lequel est le plus acide ? Calculez Ka(B) / Ka(A).
Voir la correction
B possède le pKa le plus petit : c’est le plus acide. Comme Ka = 10−pKa, le rapport vaut 10−2,9 / 10−4,8 = 101,9 ≈ 79. La constante d’acidité de B est donc environ 80 fois plus grande. Ce rapport de constantes ne signifie pas qu’une solution de B aurait un pH 80 fois plus petit.
Application 2 — Tenir compte de la distance
On compare l’acide 2-chlorobutanoïque et l’acide 4-chlorobutanoïque. Proposez, sur la seule base de l’effet inductif, celui dont on attend le pKa le plus faible.
Voir la correction
Dans l’acide 2-chlorobutanoïque, le chlore est porté par le carbone voisin du groupe carboxyle. Dans l’acide 4-chlorobutanoïque, il en est plus éloigné. L’effet −I stabilise donc davantage la base conjuguée du premier dans cette comparaison. On attend un acide 2-chlorobutanoïque plus acide, donc un pKa plus faible. Cette conclusion qualitative ne donne pas la valeur numérique du pKa.
Pour poursuivre : électronégativité et charges partielles, puis effets mésomères.
